2+2 cas(es)

Bien que la physique n’ait pas été aussi affectée par la politique scientifique civile fédérale canadienne que les sciences de la Terre ou l’écologie, il y a tout de même eu des cas de gens ayant quitté le Canada pour des cycles supérieurs afin de protester face à la politique scientifique civile. Il y a deux cas confirmés de physiciens dont leurs lieux d’origine et leurs destinations sont connues plus deux cas hautement suspects mais dont leurs lieux d’origine et leurs destinations sont néanmoins connues.

Cas confirmés:

  • Montréal -> Minnesota (moi)
  • Acadia -> Virginie

Cas hautement suspects:

  • Toronto -> UC Riverside
  • UBC -> Washington

Par contre, pour être honnête, le dernier cas avait deux griefs pour le prix d’un. Il y a deux types de cas avec des degrés de suspicion moindres: des étudiants très doués qui visent le sommet de l’échelle de prestige physique, ainsi que des étudiants pour qui le tourisme ou l’immersion culturelle est importante. Et ce, même si la physique n’est pas une discipline où l’immersion culturelle est une obligation d’efficacité en recherche. Paradoxalement, même si un étudiant au sommet de l’échelle de prestige physique peut plus facilement cacher toute motivation politique qu’il/elle pourrait avoir, cet étudiant peut faire plus d’impact.

Parce que les coupures à l’échelle pan-européenne sont beaucoup plus sévères que ce qui se fait au Canada ou aux États-Unis (où les coupures les plus sévères ont déjà été effectuées et toute coupure subséquente affectera des sujets précis) il faudrait vraiment accorder une place importante au tourisme et/ou à l’immersion culturelle ou encore avoir bon espoir de terminer un projet doctoral en 3-4 ans pour aller en Europe à cette fin. Car la majorité des maîtrises européennes offrent un financement nettement insuffisant (554.40 euros/mois pour 4 à 6 mois en France pour 2015-2016) voire pas de salaire du tout. Et, de plus, les maîtrises européennes (excepté peut-être les maîtrises russes) mettent plus l’accent sur les cours que la recherche.

De l’aveu même d’un autre étudiant qui a envisagé faire des cycles supérieurs en Europe (cet étudiant est maintenant à Vienne): la plupart des villes états-uniennes ne sont pas nécessairement très attrayantes. Néanmoins, je me demande bien si ça ne viserait pas un public restreint. Je ne peux toutefois pas exclure qu’un étudiant canadien ait décidé d’entreprendre des études supérieures en Europe avec la protestation politique comme motivation majeure, voire principale. Peut-être que mon modèle est inexact mais voici à quoi s’attendre à partir de mon modèle:

  • La majorité des protestataires de la politique scientifique civile canadienne vont utiliser un doctorat comme support de protestation
  • Lesdits protestataires ont souvent une chance bien réelle de réussite aux cycles supérieurs et ne présentent pas de risques au-delà des risques habituels reliés à la prise d’étudiants gradués; de plus les protestataires sont souvent juste en bas de la tranche donnant droit aux PGS-D et autres bourses provinciales équivalentes (B2 du FRQNT, Alberta Innovates, etc.)
  • D’une part, les universités états-uniennes les plus susceptibles de prendre de tels protestataires sont dans les deux tranches de prestige disciplinaire immédiatement inférieures à la tranche la plus élevée (en physique, Minnesota et Washington sont dans une tranche plus élevée que Virginie et UC Riverside; Notre Dame est dans cette tranche aussi)
  • D’autre part, plusieurs organismes subventionnaires européens sont chiches envers les étudiants de maîtrise

Si vous avez d’autres cas à signaler, en physique ou dans d’autres sciences sous la juridiction du CNRC ou du CRSNG, d’étudiants ayant quitté le Canada pour des cycles supérieurs en tant que mesure de protestation à l’endroit de la politique scientifique civile, n’hésitez pas à m’en faire part! Bien que je ne requiers pas l’identité des étudiants visés, je demande tout de même ces trois renseignements pour chaque signalement:

  1. La discipline de l’étudiant
  2. L’institution d’origine de l’étudiant
  3. La destination de l’étudiant

Although physics has noet been as affected by the federal civilian science policy than earth sciences or ecology, there are still cases of physicists having left Canada for graduate study as a protest move against civilian scientific policy. There are two confirmed cases of physicists whose institutions of origin and destinations are known plus two more highly suspect cases but whose institutions of origin and destinations are nonetheless known.

Confirmed cases:

  • Montreal -> Minnesota (me)
  • Acadia -> Virginia

Highly suspect cases:

  • Toronto -> UC Riverside
  • UBC -> Washington

However, to be honest, the last case had two griefs for the cost of one. There are two types of cases with lesser degrees of suspicion: high-achieving students that aim for the top of the physical prestige ladder, as well as students for whom tourism or cultural immersion is important. That, even though physics is not a discipline where cultural immersion is crucial for research efficiency.  Paradoxically, even if a student at the top of the physical prestige ladder can more easily hide any political motivation that s/he might have, that student can make a greater impact.

Because cuts on a pan-European scale are far more severe than what is done in Canada or the United States (where the most severe cuts have already been made and any subsequent cut will affect specific topics) one really has to grant a lot of importance to tourism or to cultural immersion or have good hope of completing a doctoral project in 3-4 years to go to Europe to this end. Because the majority of European masters offer grossly insufficient funding (554.40 euros/month for 4 to 6 months in France for 2015-2016) or even no salary at all. And, in addition, European masters (except maybe Russian masters) tend to put more emphasis on coursework than research.

From the admission of a student that contemplated graduate study in Europe (that particular student is now in Vienna): most American cities are not necessarily very attractive. Nevertheless, I am wondering whether this is not targeted at a restricted audience. I cannot rule out that a Canadian student may have decided to undertake graduate study in Europe with political protest as a major motivation, even primary motivation, though. Perhaps my model is inexact but this is what one should expect out of it:

  • The majority of Canadian civilian science policy protesters will use a doctorate as a supporting medium for protesting
  • Said protesters often have a real chance of success in graduate study and do not present any additional risks beyond the standard risks associated with the hiring of graduate students; plus the protesters are often just below the level that gives rise to PGS-D grants and other equivalent provincial grants (FRQNT B2, Alberta Innovates, etc.)
  • On the one hand, American universities susceptible to admit such protesters are in the two levels of field-specific prestige immediately below the highest level (in physics, Minnesota and Washington are on a higher prestige level than Virginia and UC Riverside; Notre Dame is in that tier as well)
  • On the other hand, many European funding agencies are rather miserly with masters students

If you have other cases to report, in physics or in other sciences under the jurisdicrtion of NRC or NSERC, of students having left Canada for graduate study as a protesting measure against civilian scientific policy, don’t hesitate to report them to me! Although I do not require the identity of the students so affected, I nevertheless ask for these three pieces of information for each reported case:

  1. The discipline of the student
  2. The student’s institution of origin
  3. The student’s destination

Précautions doctorales/Doctoral precautions

Je comprends que les divers personnages impliqués dans la recherche scientifique civile déplorent des coupures dans toutes les directions, et que, dans les humanités, les sciences humaines et, dans une moindre mesure, en mathématiques pures, les étudiants gradués semblent être embauchés (ou admis, dépendant de la vision qu’on adopte) pour donner des séances de TP plus que pour réellement développer du talent scientifique. Ce qui peut donner l’impression à tout un chacun que les programmes gradués sont des pyramides de Ponzi. D’où l’impression de crise, mais il y a bien d’autres choses à faire avant de diminuer l’entrée d’étudiants gradués!

Bien qu’un accroissement du financement scientifique civil soit souhaitable à bien des égards, il faut faire attention à la capacité du marché du travail à absorber le flux d’étudiants gradués entrants et sortants, tout en sachant bien que c’est difficile de déterminer la véritable demande pour du personnel hautement qualifié dans certaines disciplines. Oh, c’est sûr, certaines disciplines, comme la physique, ont des débouchés diversifiés mais ce n’est pas toujours évident pour les employeurs de savoir ce qu’on peut réellement faire avec ça. Bien qu’on ne pourra jamais totalement se départir de la dépendance aux étudiants gradués en recherche, il faut diminuer cette dépendance pour que l’argent soit utilisé à bon escient à l’avenir.

Jusqu’à preuve du contraire, je ne crois pas bon d’augmenter (ou même de diminuer) la cadence de production de personnel hautement qualifié tant et aussi longtemps qu’on n’a pas fait un effort de bonne foi pour bien informer les étudiants actuels des possibilités d’emploi à la sortie, surtout extérieures à l’acadème, ce qui est, encore de nos jours, tristement inadéquat. Si une diminution est nécessaire, une approche graduelle est nécessaire même si la solution du problème risque d’être plus longue. Pour commencer, seulement 1 détenteur de PhD sur 6 deviendra professeur d’université. Et ça, c’est dans les sciences physiques fondamentales; dans les humanités, les chiffres sont un peu mieux (si on peut appeler ~35% un peu mieux par rapport à 1/6) mais les débouchés y sont plus limités hors de l’acadème.

Pour ma part, en sus de tout ce qui a trait à l’orientation, je crois que le salaire postdoctoral doit être augmenté, de sorte que les stages postdoctoraux seront plus difficiles d’accès. Dans les sciences fondamentales, le grand cauchemar est le “postdoc perpétuel”, i.e. une personne qui passe une trop longue période de temps à faire des stages postdoctoraux. Par contre, je ne suis pas encore prêt à me ranger dans le camp de ceux qui préfèrent décourager de manière active les gens de poursuivre des programmes gradués, du moins pas dans les sciences physiques. Et ce, même si des professions ont eu à aller jusqu’au découragement actif pour redresser la situation. Veuillez m’excuser pour mon manque de familiarité avec l’histoire des marchés du travail européens, mais l’exemple le mieux connu est le droit en pratique common law (États-Unis surtout, mais l’Australie, le Canada et le Royaume-Uni l’ont aussi fait dans une moindre mesure).

Ainsi, pour ceux qui contemplent d’appliquer à des programmes PhD, faites bien attention aux options de carrière qui sont ouvertes à vous dans votre discipline ainsi qu’à vos propres objectifs de carrière. Vous devez être conscient que vous n’enseignerez probablement pas à l’université et peut-être qu’il y a plusieurs voies pour votre carrière choisie; il est possible qu’une autre formation soit plus avisée pour vous et que, à long terme, ça soit une meilleure décision que le PhD. Même si le PhD est un programme qui vient avec un salaire, la durée moyenne d’un PhD est souvent plus longue que l’alternative, surtout en Amérique du Nord.


 

I understand that the numerous actors involved in civilian scientific research lament about cuts in all directions, and that, in humanities, social sciences and, to a lesser extent, pure mathematics, graduate students seem to be hired (or admitted, depending on the vision) to provide teaching assistants than to actually develop scientific talent. Which can give the impression to so many that graduate programs are Ponzi schemes. Hence the impression of crisis, but there are many things to do before restricting the inflow of graduate students!

Although an increase in civilian scientific funding is desirable in many respects, one has to pay attention to the job market’s ability to absorb the inflow and output of graduate students, while knowing that it is difficult to ascertain the real demand for highly qualified personnel in certain disciplines. Oh, of course, some disciplines, like physics, lead to diversified job opportunities post-graduation but it’s not always obvious for employers what one can actually do with it. Even if it is impossible to totally break free from the dependence on graduate students for research, that dependence must be diminished if the money is to be properly used in the future.

Until evidence to the contrary arrives, I do not think it is worthwhile to increase (or even decrease) the production rate of highly qualified personnel as long as a proper effort to inform current students of alternate job paths after graduation, especially outside academia, which is, even today, woefully inadequate. If a decrease is necessary, a gradual approach is necessary even though resolution may take longer. First, only 1 PhD holder in 6 will become a university professor. And that’s basic, physical sciences; in humanities, the numbers are a little better (if one can call ~35% a little better compared to 1/6) but non-academic job opportunities for humanities are more limited.

As for me, on top of career advising, I think postdoctoral salary must be increased, so that postdocs are harder to get. In fundamental sciences, the great nightmare is the “perpetual postdoc”, i.e. a person that spends too long doing postdocs. However, I am not yet ready to side with people who prefer to actively discourage people to pursue graduate studies, at least not in the physical sciences. And that, even if professions had to go so far as resorting to active discouragement to right the ship. Please excuse me for my lack of familiarity with European job markets history, but the best-known example is common law practice (United States especially but Australia, Canada and United Kingdom did so to a lesser extent).

So, for those who contemplate applying to PhD programs, pay close attention to career options that are available in your discipline as well as to your own career objectives. You must be conscious that you will probably not teach in a university and perhaps there are several paths to your chosen career; it is possible that another education is better advised for you and that, in the long run, it ends up being a better decision than a PhD. Even if the PhD is a program that comes with a salary, the average length of a PhD is often longer than the alternative, especially in North America.

Carnets de thèse

Depuis qu’une thésarde dans mon propre département de physique m’a montré les 8 premières pages d’une bande dessinée de Tiphaine Rivière, Carnets de Thèse, je n’ai cessé de lire et de relire ces 8 premières pages, ainsi que des fragments du reste de la bande dessinée, qui se veut une version non seulement européenne de PhD Comics, mais aussi adaptée au monde des humanités.

Ceci dit, il y a deux aspects que je trouvais absolument absurdes: on dit que Jeanne Dargan, la protagoniste au PhD en littérature à Paris-Sorbonne Nouvelle (ou Paris-III), est apparemment sans financement, mais je crois qu’ici financement voulait dire l’un ou l’autre d’entre une “charge de TP” (suivant la définition nord-américaine du terme) une bourse ou un assistanat de recherche. Néanmoins, je considère qu’il s’agit là d’une thèse financée, quoique pas par les moyens habituels (TP, RA, bourse) car elle travaille à titre d’adjointe administrative à l’intérieur de l’université.

Seulement, si Jeanne, par un cruel coup du sort, avait non seulement voulu couper les ponts avec l’enseignement de niveau collégial français dans les ZEP, mais aussi avec le système universitaire français (les programmes PhD français exigent d’abord de détenir une MA de recherche, lui-même requis pour enseigner au lycée, au collège ou même au primaire) pour son doctorat, et qu’elle avait fait ces entourloupettes pour finalement aboutir à Minnesota avec le même projet (Le motif labyrinthique dans la parabole de la loi du Procès de Kafka) alors il y aurait eu des conditions à ce travail. Je n’ai aucune idée de si cela peut se faire dans la pratique, mais supposons que cela soit possible. Le cas échéant, elle aurait reçu 18 000$US pour un an de travail (je gagnerai ~35% de plus qu’elle); pendant les 9 mois où les bacheliers ont leurs cours, elle aurait travaillé 20 heures par semaine à ce titre, pour 15 000$ pendant cette période, et moins pendant l’été, soit 3 000$ pour l’été.

Et le deuxième aspect que je trouvais absurde était le nombre trop-élevé-pour-être-vrai d’étudiants gradués à la charge du superviseur à Jeanne, Alexandre Karpov, c’est-à-dire 34 étudiants au PhD et 78 à la MA de recherche. Pour être honnête, les réalités de l’encadrement d’étudiants gradués peuvent faire que, passé un certain point, l’ajout d’un étudiant supplémentaire puisse rendre l’encadrement de tous les autres inadéquat assez rapidement et à 112 étudiants gradués, on a largement dépassé ce point-là, encore plus quand on parle de superviser 2 étudiants de maîtrise pour 1 doctorant.

Sinon, dans l’ensemble, le contenu auquel j’ai eu accès semble assez bien refléter l’univers des étudiants gradués, autant dans les humanités que dans les sciences de la nature (lorsqu’une planche est applicable sans égard à la discipline)


Since a doctoral student in my own physics department showed me the first eight pages of a comic book by Tiphaine Rivière, Carnets de Thèse (in French), I didn’t stop re-reading these first eight pages, as well as other fragments of the comic book, which is meant to be not only an European version of PhD Comics, but also adapted to the humanities.

That said, there are two aspects that I found to be absolutely absurd: it is said that Jeanne Dargan, the protagonist undertaking a PhD in literature at Paris-Sorbonne Nouvelle (or Paris-III), is apparently without funding, but I believe that here funding means one of the following: a teaching assistantship (under the North American definition of the term) a fellowship or a research assistantship. Nevertheless, I consider that her thesis is funded, although not by the usual means  (TA, RA, fellowship) because she works as an administrative assistant in the university.

Only, if Jeanne, by some cruel trick of fate, not only wanted to cut ties with French middle schools (collèges) in high-need areas, but also with the French university system (French PhD programs ask one to complete a research-based MA first, itself required to teach at a K-12 level) for her PhD, and that she did all the legwork to end up at Minnesota with the same project (The labyrinthine pattern in the parable of the law in The Trial of Kafka) then there would be conditions attached to this job. I have no idea whether it would be actually be possible for her to do so in practice, but suppose that it is possible. In that case, she would have been paid US$18,000 for a year of work (I will earn about ~35% more than her); during the 9 months where undergraduates would have their courses, she would have worked 20 hours per week as an administrative assistant, for $15,000 during this period, and less during the summer, for $3,000 during the season.

And the second aspect that I found absurd was the too-large-to-be-true number of graduate students supervised by Jeanne’s supervisor, Alexandre Karpov, that is, 34 doctoral students and 78 masters students. To be honest, the realities of advising students can mean that, past a certain point, adding one extra student may render the advising of all the others inadequate rather quickly and, with 112 graduate students, that point is way past, even more when we’re talking about supervising 2 masters students for 1 doctoral student.

Otherwise, all in all, the content that i could access seems to reflect pretty well the world of graduate students, in humanities as well as in the natural sciences (when a page is applicable regardless of the field)