Cycles supérieurs et autisme, partie 2/Graduate study and autism, part 2

Dans tout ce qui peut faire qu’un étudiant gradué puisse ultimement réussir, ou pas, au stade de la recherche, il y a un tas de facteurs, dont la personnalité de l’étudiant, celle du superviseur, l’équipement, le financement, pour ne nommer que les principaux. Et certainement des facteurs stochastiques, qui sont hors de contrôle de l’étudiant ou de son superviseur.

Mais, malgré la vaste diversité des personnalités des étudiants autistes, il y a deux extrêmes facilement reconnaissables en termes de leur trajectoire, qui peuvent être exacerbés par l’autisme. Je n’ai peut-être pas rencontré tant d’étudiants gradués autistes que cela, mais, si un superviseur a suffisamment d’expérience de supervision d’étudiants gradués, il doit en avoir pris au moins un de chaque type (même si l’étudiant qui correspond à cette description peut être neurotypique) au cours de sa carrière – ici le laboratoire est un terme générique qui désigne tout ce qui a trait à la recherche:

  • Un étudiant qui excellait dans les cours, mais qui était assez mauvais en laboratoire. J’ai parfois l’impression qu’on peut détecter plus rapidement des cas de ce type en Amérique du Nord, exception faite des mathématiques pures, parce qu’on a tendance à accorder plus rapidement une chance à un bachelier de faire de la recherche, ne serait-ce que pour un seul été. De plus, les étudiants autistes susceptibles de se retrouver dans cette catégorie semblent souvent être des étudiants qui ont du mal à passer d’un environnement structuré à un environnement peu structuré. Ils peuvent plus aisément passer au travers des mailles du filet en mathématiques pures au niveau de la maîtrise.
  • Un étudiant qui se révèle en laboratoire après un parcours cahoteux en classe. Les cahots d’un tel parcours arrivent souvent, dans le cas d’un étudiant autiste, parce qu’un tel étudiant a de la difficulté à se motiver dans un cours donné pour une quelconque raison. Un étudiant autiste susceptible de se retrouver dans cette catégorie serait surtout un étudiant qui peut tirer parti du desserrement de la structure pour passer des périodes prolongées à travailler sur les sujets de leur choix.

Among all that can play into whether a graduate student ultimately succeeds, or not, at the research stage, there are a lot of factors, such as the student’s personality, that of the supervisor, the equipment, funding, to name only the main ones. And certainly stochastic factors, which are out of the control of the student or the supervisor.

But, despite the vast diversity of autistic students’ personalities, there are two easily recognizable extremes in terms of their trajectories, that can be exacerbated by their autism. I may not have met that many autistic graduate students, but, if a supervisor has sufficient experience of supervising graduate students, one has taken on at least one of each type (even if the student that met the description may be neurotypical) in one’s career – here laboratory is a catch-all term designated all things research-related.

  • A student who excelled in coursework, but was not so great in the laboratory. I sometimes have the impression that such cases can be detected earlier in North America, with the exception of pure mathematics, because there is a tendency to give a chance to an undergraduate to do research earlier, if only for a single summer. In addition, autistic students susceptible to end up in this category often seem to be students that have trouble adjusting from a highly structure environment to a less-structured one. They can more easily slip through the cracks at the masters level in pure mathematics.
  • A student who blossoms in the laboratory after a rather bumpy road in class. The bumps in such a background often happen, in an autistic student’s case, because one such student has difficulty to motivate oneself in a given course for some reason. An autistic student likely to end up in this category would primarily be a student that can take advantage of the looser structure to work on their favorite topics for extended periods at a time.

Les TSA et la vie après l’université/ASDs and post-college outcomes

Ce qui suit est une traduction d’un courriel que j’ai envoyé à des intervenants du monde autistique:

Après avoir lu l’article Science, Technology, Engineering, and Mathematics (STEM) Participation Among College Students with an Autism Spectrum Disorder, j’en suis arrivé à la conclusion que non seulement il y a une diminution brusque des services pour la population autiste une fois qu’ils sortent de l’école secondaire (quoique la hauteur de la “falaise” tend à diminuer un peu), il y a également un manque criant d’information sur leur devenir après l’université. Parfois il semblerait que l’intérêt sociétal envers les TSA se limite aux gens d’âge scolaire, probablement parce que les méthodes de diagnostic les plus fiables sont davantage utilisés en bas âge.

Ainsi, je suspecte fortement qu’une portion des statistiques du chômage et de sous-emploi qu’on entend régulièrement dans le contexte de diplômés universitaires peut ne pas tenir compte des gens avec des handicaps, et certainement les TSA.

Ceci étant dit, on sait également que certains étudiants talentueux avec des TSA vont s’essayer aux cycles supérieurs.

P.S.: Je comprends que le financement de la recherche sur l’autisme se concentre beaucoup trop sur le caractère biomédical des TSA. Vous comprenez aussi bien, sinon mieux que moi, que les défis des TSA ne s’arrêtent pas à la remise d’un diplôme de premier cycle, et continuent aux cycles supérieurs. J’ai également l’impression que les défis autistiques des études supérieures sont différents des défis des bacheliers, non seulement en termes de services de santé mentale, mais également en termes de besoins autistiques. Et, malheureusement, c’est l’aspect le moins connu de l’autisme face à la scolarité.

Je répète un peu ce qui a été dit dans le dernier billet, mais on peut également s’imaginer des étudiants gradués autistes qui éclosent une fois arrivés à la phase de recherche (à la maîtrise comme au doctorat) après des années plus ou moins difficiles en classe. Un peu, comme le dirait Mottron, comme ces cas de dépression chez des autistes adolescents dont leur état de santé s’est amélioré “presque instantanément” une fois retirés du milieu scolaire, pouvant alors passer tout leur temps dans leur intérêt spécial.


What follows is an email I sent to several experts of the autistic world:

After reading the paper Science, Technology, Engineering, and Mathematics (STEM) Participation Among College Students with an Autism Spectrum Disorder, I came to the realization that not only there is a cliff in services for the autistic population once they get out of K-12 schooling (although the height of the cliff tends to decrease somewhat) there is also a cliff in information about their post-college outcomes. Sometimes it seems as if societal interest in ASDs is confined to K-12-aged people, probably because the most reliable diagnosis methods are used most at a young age.
As such, I highly suspect that part of unemployment and underemployment statistics we hear about in the context of college graduates may fail to take in account those with disabilities of all kinds, and certainly ASDs.
That said, we also know that some talented college students with ASDs will try their hands at graduate school. You probably understand as well, if not better, than I do (disclaimer: I myself have an ASD), that the challenges of ASDs do not stop once they graduate from college, and continue well into graduate school. I also have the impression that the challenges of graduate school are different from that of undergraduates, not only in terms of mental health services but also in terms of autistic needs. And, unfortunately, it seems to be the most poorly understood area of how autism spectrum disorders relate to schooling.
P.S.: I understand that autism research funding is, unfortunately, too focused on the biomedical aspect of ASDs.
I repeat what was said in the last post, but one can also imagine autistic graduate students that blossom once they arrive at the research stage (masters or PhD) after rather rough years in the classroom. A little bit, as Mottron would say, like these depression cases among adolescent autistic people whose mental health improved “almost instantly” once they were taken out from school, then spending all their time in their special interest.

Cycles supérieurs et autisme/Graduate study and autism

Je dois avouer l’horrible vérité que j’ai caché depuis si longtemps sur ce blogue (mais que ceux qui m’ont connu en personne semblent savoir): je suis atteint d’un trouble du spectre de l’autisme. L’on sait que le spectre de l’autisme est, en réalité, hautement non linéaire, et, pour ainsi dire, il y en a de toutes les capacités intellectuelles imaginables. On peut facilement s’imaginer qu’il y ait des autistes qui ont la capacité de poursuivre des études universitaires (peut-être même de niveau PhD) dans un domaine pointu, mais que pour chaque autiste correspondant à cette description, il y en a au moins un autre qui serait incapable de poursuivre même un cursus de premier cycle. Quand on sait qu’une proportion non négligeable de gens sur le spectre souffrent également de déficiences intellectuelles…

Oh, je sais que ça existe des gens autistes dans les universités. On estime qu’environ 30-40% des gens sur le spectre sont dépourvus de déficiences intellectuelles, parmi lesquels la plupart des autistes à l’université se trouvent. Les autres sont, le plus souvent, des “savants autistes” qui ont un talent particulier à un niveau au moins “normal” même si le reste du profil correspondrait davantage à des gens avec des déficiences intellectuelles.

Seulement, l’université est, en ordre chronologique, le dernier niveau à avoir mis en place des mesures pour les accompagner. Et, bien que certaines universités susceptibles d’avoir des quantités significatives d’étudiants autistes (MIT, Caltech, Carnegie Mellon, UIUC, Rutgers) aient des étudiants gradués autistes, contrairement à Swarthmore, Harvey Mudd ou Reed, d’autres institutions bien connues au chapitre de l’autisme (mais également dépourvues de programmes gradués), bien souvent les efforts de ces universités sont concentrés au premier cycle.

Et pourtant, bien des étudiants gradués autistes en sont rendus là parce que les professions de leurs rêves nécessitent, en réalité, un grade de cycles supérieurs, un peu à la manière des neurotypiques. (Et ce, même si peu d’autistes réussissent réellement à intégrer le marché du travail) Qui plus est, les problèmes autistiques ne s’arrêtent pas avec l’octroi d’un grade de premier cycle (ou même la phase de cours dans un programme gradué) et peut causer des problèmes différents lorsque les cours s’achèvent et la recherche à plein temps commence. Malheureusement, c’est à la fin de la phase de cours d’un programme gradué où s’arrête le soutien des services aux personnes handicapées, dans la plupart des universités munies de programmes gradués de recherche. Et c’est également la partie la moins bien comprise de l’autisme face à la scolarité.

Bien sûr, dans les programmes gradués, et même au premier cycle un peu partout dans le monde, ce qui va importer, en termes d’environnement social, c’est l’atmosphère au département d’attache. Par contre, un programme gradué salarié signifie souvent que l’étudiant gradué est autant un employé qu’un étudiant, et que l’aide à apporter à un tel étudiant autiste doit en tenir compte.


I must acknowledge the horrible truth that I hid for so long on this blog (but those who knew me in person seem to know): I am suffering from an autistic spectrum disorder. We know that the autistic spectrum is actually highly nonlinear and, that is to say, there are autistic people at all possible intellectual levels. One can easily imagine that there are people on the spectrum that have the ability to pursue university education (PhD even) in a highly specialized area, but that, for every autistic person fitting that description, there is at least one more that is unable to pursue even an undergraduate education. When we know that a non-negligible proportion on the spectrum also have intellectual disabilities…

Oh, I know that autistic students exist in universities. An estimate is that about 30-40% of people on the spectrum are devoid of intellectual disabilities, among which most autistic university students are drawn. The others are often “autistic savants” who possess a particular talent at least at a “normal” level even if the rest of the profile corresponds more to people with intellectual disabilities.

The fact remains that university is, in chronological order, the last level to implement measures to accompany such students. And, even though certain universities susceptible to have significant numbers of autistic students (MIT, Caltech, Carnegie Mellon, UIUC, Rutgers) also have autistic graduate students, unlike Swarthmore, Harvey Mudd or Reed, other institutions that are well-known for autism (but devoid of graduate programs), often the efforts of these universities focus on undergrads.

And yet, many autistic graduate students are there because the professions of their dreams actually require a graduate degree, much like neurotypicals. (That holds even if few autistic people actually go on the job market) Furthermore, autistic problems do not stop with the granting of an undergraduate degree (or even the coursework stage of a graduate program) and can cause different problems when coursework is over and full-time research begins. Unfortunately, in most universities with research graduate programs, assistance for autistic students ends with the end of the coursework stage. And that’s the most poorly understood part of autism and schooling.

Of course, in graduate programs, and even in undergrad across the world, what will matter, in terms of social environment, is the atmosphere in the department offering the program. However, a fully-funded (or should I say salaried) graduate program often means that the graduate student is as much an employee as he is a student, and that the assistance to provide to such an autistic student must take that into account.