Du rêve juridique à la réalité/Making a legal dream come true

Ceci est une rediffusion d’un article paru dans l’Électron libre de janvier 2014; l’article a été écrit de la perspective d’un bachelier de physique québécois, avec quelques modifications entre parenthèses carrées.


À la différence de la médecine, où il y a une entrevue, en droit, si on effectue le bon choix juridique, on n’a aucune entrevue à faire. Si, par désir de quitter le Québec après le baccalauréat en droit (que je désignerai par la suite comme LLB) pour des raisons professionnelles, et que, par conséquent, vous voulez aller à McGill, le processus deviendra beaucoup plus douloureux que prévu, pour des raisons qui deviendront claires plus tard.

Quatre des cinq facultés de droit de la province ont un processus qui est, comparativement à la dernière, sans douleur : le bureau des admissions reçoit votre relevé de notes universitaire à travers le système de la CRÉPUQ et, au cas où on n’a pas complété 50 crédits encore mais que l’envie du droit nous prend quand même, le relevé de notes collégial, fin de l’histoire. Pas de lettres de référence à soumettre, pas de LSAT, pas de liste d’activités parascolaires, et aucune contrainte sur le programme d’origine.

Maintenant, on sait que, si vous désirez pratiquer le droit au Québec, et que les écoles de droit civil (i.e. Laval, Sherbrooke, Montréal ou UQAM) correspondent à vos désirs juridiques, les notes font foi de tout. Si vous avez eu une cote R autour de 26-28 au cégep et que vous rêvez de droit, il vaut mieux avoir eu 3.5 et mieux en première année de bac (je dirais même première session si vous lisez ceci et que vous êtes en première année de bac) pour remonter la pente, mais, si vous êtes présentement en deuxième ou en troisième année de bac, le droit civil est accessible à partir de 3.3, étant donné la difficulté du bac de physique, avec des lettres d’acceptation conditionnelles au maintien de 3.0 qui sont monnaie courante dans le monde juridique québécois. Si vous êtes aux cycles supérieurs, c’est pratiquement garanti que vous allez pouvoir aller en droit étant donné que les bonus de cycles supérieurs applicables en médecine valent aussi en droit et que le minimum pour avoir accès aux cycles supérieurs se situe autour du minimum pour avoir accès au LLB à titre d’étudiant en transfert, du moins à Laval ou à Montréal; à l’UQAM les notes comptent seulement pour 1/4 du dossier dans le cas des transferts, et le 3/4 restant va à l’entrevue, auquel cas un 3.3 en physique permet probablement d’avoir l’entrevue, réservée aux candidats en transfert.

Toutefois, si la common law vous intéresse et que vous désirez pratiquer le droit au Québec comme dans le reste du Canada, vous avez trois choix: soit vous vous tapez quatre ans de droit en français (trois au LLB dans une école de droit civil et un dernier au JD à l’UdeM ou à Sherbrooke) au Québec, vous allez à McGill, où le programme de droit de trois ans va couvrir les deux systèmes juridiques (civil et [common]) au prix toutefois d’un désavantage une fois à l’École du Barreau ou au DESS en droit notarial si vous décidez, en cours de route, que vous voulez rester au Québec pour pratiquer, ou, enfin, si vous avez le budget et les notes, d’envisager de faire le JD hors-Québec si vous êtes absolument certain que vous ne voulez rien savoir de pratiquer le droit au Québec.

À noter que les écoles de common law sont des écoles qui vont exiger des lettres de recommandation, auquel cas, comme dans le cas médical, demandez des lettres de recommandation comme si vous vouliez de telles lettres pour l’admission à des programmes gradués en physique, le LSAT (je reviendrai dessus par la suite), une liste d’activités parascolaires (encore une fois, ça dépend des écoles de droit, mais McGill, [Windsor], Toronto, Yale, Stanford et, dans une moindre mesure, Osgoode Hall [et Queen’s] vont accorder de l’importance au contenu de cette liste, alors que même Columbia ou Harvard ne le feront pas) et, dans le cas de McGill, une entrevue. Et, pour finir, comme le JD, qui est monnaie courante en common law, est un programme de deuxième cycle, il faut, en général, avoir complété un baccalauréat d’ici à la date d’entrée prévue. Même si le programme trans-systémique de McGill est un programme de 1er cycle, il faut tout de même avoir terminé un baccalauréat si on a complété plus de 30 crédits à l’université; dans le cas contraire, la cote R occupe une place prépondérante et, dans ce cas-là, il est impossible d’avoir une entrevue si on a en bas de 30 et, même si on a 30-31, il vaut mieux avoir des notes de malade en 1re année de bac et, bien entendu, maîtriser l’anglais.

Maintenant, les notes requises dans cette situation: au pays comme à l’étranger, il vaut mieux avoir 3.5 et mieux (vous pouvez dire ce que vous voulez de la difficulté d’un bac de physique, [mais] les écoles de droit canadiennes-anglaises vont probablement en tenir compte davantage que les écoles de droit états-uniennes, qui, hélas, n’en tiennent pratiquement pas compte [sauf dans les cas limites, mais, dès qu’on quitte le top-14 états-unien, les facultés de droit états-uniennes sont moins exigeantes sur les notes du moment où on réussit bien sur le LSAT]) alors, pour vous démarquer, il vous faudra bien faire sur la dissertation qui explique pourquoi vous voulez pratiquer le droit, et comment votre bagage académique vous permet de profiter d’une éducation juridique et aussi avoir un bon score sur le LSAT (164 et mieux, ce qui est un peu au-dessus de la moyenne la plus récente des physiciens, qui est de 162.1, selon les données fournies par l’AIP).

LSAT à gauche, LSAT à droite… excusez-moi d’avoir mentionné le LSAT tellement et tellement de fois sans avoir au moins expliqué ce que c’était! C’est un test qui permet d’aller dans un programme de common law qu’on n’a pas le droit de passer plus de trois fois dans une période de deux ans (à 165$ par passage c’est un pensez-y-bien). Le LSAT est noté de 120 à 180, avec six morceaux à l’examen (dont une portion qui n’est pas comptée mais qui doit tout de même être faite parce qu’il n’y a aucun moyen de connaître quelle section est la section expérimentale) avec les cinq portions notées qui sont réparties comme suit : deux portions de raisonnement logique, qui visent à tester la capacité à disséquer et à analyser des arguments, une portion de compréhension de lecture, une portion de raisonnement analytique (les « jeux de logique » diront certains) et enfin un texte qu’il faut écrire à partir d’une problématique et deux critères admissibles, qui justifie votre décision face à la problématique de la question. Pour ce qui est du LSAT, qui dure de quatre à cinq heures, c’est stupide à dire mais, étant donné que la plupart des gens ont des cotes Z de 3.5 et plus, le LSAT compte davantage dans l’évaluation des dossiers.

Si vous avez une cote Z en bas de 3.0, n’ayez crainte: le rêve juridique n’est pas totalement compromis, à condition d’être prêt à emprunter (et dépenser) une fortune sur un JD à Northwestern et à avoir 171 et plus sur le LSAT [en sus d’avoir deux ou trois ans d’expérience de travail après le bac]. Par contre, pour la plupart d’entre vous, une cote Z en bas de 3.0 signifie la fin du rêve juridique, pour des raisons budgétaires. Néanmoins, je ne vous conseille pas d’aller en droit à l’étranger à moins d’être confiant d’avoir [3.5]+ et [168]+ sur le LSAT et de vouloir fréquenter les écoles de droit les mieux cotées… le monde juridique, plus que presque toute autre profession, est un monde où le prestige institutionnel pèse dans la balance des employeurs, et encore, on parle ici des grands cabinets d’avocats plus particulièrement.

Mais il est aussi concevable que, une fois dans un JD hors-Québec, on se rende compte qu’on préfère rentrer à la maison pour pratiquer le droit, auquel cas vous aurez à comparaître devant le Comité des Équivalences du Barreau avant d’être autorisé à fréquenter l’École du Barreau, même si les frais de comparution sont assez élevés (1 000$ environ) et même à ça, dans la plupart des cas, on impose une formation complémentaire en droit civil si le common law est à la base de votre formation.

Comment savoir si on a ce qu’il faut pour étudier, et ultimement, pratiquer le droit alors qu’on est encore en physique? Contrairement à la médecine, il n’y a pas l’ombre d’un cours de physique qui ressemble le moindrement, en termes de style pédagogique, à un cours de droit. Certains cours du bloc Y, des cours en sciences politiques et en philosophie, notamment, y ressemblent davantage. Néanmoins, cela ne signifie pas que les habiletés acquises en physique ne vous seront d’aucune utilité en droit! Par contre, les habiletés transférables sont indirectes. L’on parle ici de résolution de problèmes, de logique, de pensée analytique, principalement. L’écriture juridique est tellement différente de l’écriture de rapports de laboratoire ou d’articles scientifiques qu’il faut faire attention.

Le domaine du droit qu’on associe le plus aux gens avec des sciences pures ou de l’ingénierie derrière la cravate est sans contredit le droit des brevets. En droit des brevets, vous pourrez tout de même faire de la physique par la petite fenêtre d’en arrière, parce que, même si vous n’aurez que peu d’audiences à faire devant les tribunaux, vous aurez à utiliser vos connaissances juridiques autant que vos connaissances scientifiques. Même si vous n’avez aucune envie de faire du droit de la propriété intellectuelle (le droit du brevet est une sous-branche de la PI) il y a d’autres domaines juridiques où on peut utiliser des habiletés pas trop éloignées de celles de la physique…

Et le mot de la fin: si vous croyez réellement que le monde juridique vous attend, la vie étudiante est comme le jour et la nuit si on la compare à ce qui se fait en physique. Peut-être que l’école du Barreau (au cas où on désire pratiquer hors-Québec, pas d’école du barreau, seulement un examen du barreau) est moins coupe-gorge que le LLB, mais la vie au LLB est un véritable enfer comparé à la physique, pour deux raisons principales: en raison de l’évaluation normative, qui assigne les lettres en fonction du rang dans le groupe (contrairement à la physique où tout le monde pourrait avoir A/A+ dans un cours si tout le monde est suffisamment bon – et c’est régulièrement le cas aux cycles supérieurs) les étudiants ne s’aident pas vraiment entre eux (et même si ce n’était pas vrai, il faut choisir ses compagnons d’étude avec soin) et la majorité des étudiants en droit (aux trois cycles) sont assez carriéristes merci.


English version: This is a translation of an article that appeared in the January 2014 issue of the Électron Libre; the original version was written from the perspective of a Quebec physics undergraduate.


Contrary to medicine, where there is an interview, in law, if one chooses the right schools, one does not need to interview. If one wants to leave Quebec after the bachelor of laws (that I will thereafter designate as LLB) for professional reasons, and, as a result, you want to attend McGill, the process will become that much more painful, for reasons that will become clear later.

Four of the five law schools of the province operate under an admissions process that is painless, compared to the last one: the admissions office receives your university transcript through the CRÉPUQ system and, in the event one doesn’t complete 50 credits but you still want to practice law, the CEGEP transcript, end of story. No letters of recommendation, no LSAT, no extracurricular list, and no constraint on the program of origin.

We now know that, if you desire to practice law in Quebec, and that civil law schools (i.e. Laval, Sherbrooke, Montreal ou UQAM) correspond to your legal desires, grades are everything. If you had a R-score in the 26-28 range in cegep and you dream of law, better have 3.5 or more in the first undergraduate year (I would even say first semester if you’re reading this and you’re a first-year undergraduate) to make up for it, but, if you’re currently a second-year or third-year undergraduate, civil law is accessible from 3.3 onward, given the difficulty of the physics degree, with acceptances contingent on maintaining 3.0 that are common in the Quebec legal world. If you’re in graduate school, it’s practically a given that you will be able to go to law school given that the graduate bonuses applicable to medical school are also applicable in law and that the minimum for graduate school is around the minimum to access the LLB as a transfer student (i.e. as a student changing programs) at least at Laval or at Montreal; at UQAM grades are weighted for 1/4 in the case of transfer students, and the remaining 3/4 is for the interview, in which case a 3.3 in physics will probably allow you to get the interview, reserved to transfer students.

However, if you’re interested in common law and that you wish to practice law in Quebec and/or in the rest of Canada, you have three options: four years of law school in French (three for the LLB in a civil law school and one last year for the JD at Montreal or Sherbrooke) in Quebec, you go to McGill, where the law program will cover both legal systems (civil and common) at the cost of a disadvantage once in bar school or in the notarial law DESS if you decide, in the end, that you still want to practice in Quebec, or, if you have the budget and the grades, to do the JD outside of Quebec if you’re absolutely certain that you don’t want  to practice law in Quebec.

Please take note that common law schools are schools that will demand letters of recommendation, in which case, as with medical school, ask for letters of recommendation as though you were asking them for a graduate physics program, the LSAT (I will talk about the LSAT later), a list of extracurriculars (once again, it depends on the law schools, but McGill, Windsor, Toronto, Yale, Stanford and, to a lesser extent, Osgoode Hall and Queen’s, will grant some importance to the contents of this list, while even Columbia or Harvard will not) and, in McGill’s case, an interview. And, since the JD, which is common in common law, is a graduate program, in general, one needs to have completed a degree by the starting date of law school. Even if the trans-systemic program at McGill is an undergraduate program, one still needs to complete a degree if one earned more than 30 undergraduate credits; otherwise, R-score still occupies an important position and, in this case, it is impossible to get an interview below 30 and, even if you had 30-31, one better have great grades in the first undergraduate year and, of course, master English.

Now, the grades required in this situation: in Canada, as with abroad, better have 3.5 and better (say what you will about the difficulty of a physics degree, but English-Canadian law schools will probably put more weight to it than US law schools, who, alas, practically not take it into account at all, except in borderline cases but, once one leaves the American T14, US law schools are less demanding about grades provided one does well on the LSAT) so, in order to stand out, do well on the personal statement that explains why you want to practice law, and how your academic background allows you to take advantage of a legal education and also to get a good LSAT score (164 and better, which is a little above the physics average, which is 162.1, according to data supplied by the AIP).

I kept mentioning the LSAT left and right… excuse me of mentioning the LSAT so many times without having explained what it was! It’s a test that allows you to apply for, and attend, a common law program that one cannot take more than three times in a two-year period (at $165 per sitting, think twice before taking it). The LSAT is graded from 120 to 180, with six portions to the exam (of which one portion is not graded but that must still be written because there is no way to know which section is the experimental one) with the five graded portions that are allotted as follows: two logical reasoning portions, which test the capacity to dissect and analyuze arguments, a reading comprehension section, an analytical reasoning section (the « logic games» some will say) and finally, a text one has to write from an issue and two criteria to decide what to do with the issue in the prompt. As for the LSAT, which takes four to five hours, it goes without saying but, since most prospective 1Ls will have GPAs 3.5 and above, the LSAT is weighted more heavily when reviewing applications.

If you have a GPA below 3.0, don’t fear: the legal dream is not totally compromised, on the condition to be prepared to borrow (and spend) a fortune on a JD at Northwestern and to score 171 and better on the LSAT, as well as having 2-3 years of post-graduation work experience. However, for most among us, a sub-3.0 GPA means the end of the legal dream, for financial reasons. Nevertheless, I advise you against going abroad for a legal education unless you’re confident in having a 3.5+ and 168+ on the LSAT and to attend the highest-ranked law schools… the legal profession, more than almost any other profession, is a profession where institutional prestige weighs heavily on the employers’ scales, and again, we’re talking about big law in particular.

But it’s also conceivable that, once in a JD outside Quebec, one realizes that we’d rather return home to practice, in which case you will be summoned before the Comité des Équivalences du Barreau before being authorized to attend bar school, even if the summons fee are quite high (about $1,000) and, even so, in most cases, the Comité imposes complimentary training in civil law if you’re trained in common law.

How to know that you have what it takes to study, and ultimately, practice law while still in physics? Contrary to medicine, there is no physics course whose pedagogical style remotely resembles that of a law course. Some out-of-discipline electives, in political science and in philosophy, among others, resemble law school courses more. Nevertheless, that doesn’t mean that the skills acquired in physics are of no use in law! However, the transferable skills are indirect. We are primarily talking about problem solving, logic, analytical thinking. Legal writing is so different from writing lab reports or scientific papers that one has to be careful.

The legal field most commonly associated to people with a STEM background is, without a doubt, patent law. In patent law, you will still be able to do physics through a backdoor, because, even though you will do little pleading in the courtroom, you will have to use your legal knowledge as much as your scientific knowledge. Even if you want nothing to do with practicing intellectual property law (patent law is a sub-branch of IP law) there are other legal fields where one can use skills not too far removed from physics ones…

Conclusion: if you really think that the legal field awaits you, student life in law school is like day and night when compared to that of physics. Maybe bar school (in the event one wishes to practice outside Quebec, no bar school, just a bar exam) is less cutthroat than the LLB, but life in the LLB is hell on Earth compared to physics, for two primary reasons: due to norm-referenced grading, which means assigning letter grades as a function of class rank (contrary to physics where everyone could get an A/A+ in a course if everyone performed sufficiently well – and that’s quite common in graduate school) the students don’t help each other very much (and even if it wasn’t true, one has to choose his/her study companions carefully) and the majority of law students (undergraduate or graduate) are quite careerist.

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